03 mai 2009
Le monde et inversement
Chaque génération invente le monde pour elle. Mais que l'on se rencontre en cinq mois ou en cinq minutes, que l'on se jette l'un sur l'autre, ou que l'on avance jour après jour, que l'on fasse le tour de l'amour comme un chat fait le tour d'une nouvelle maison, que l'on se quitte sur un coup de rasoir tranchant ou en trois mois d'indécision, avec mille précautions et une lettre de trois pages, ou d'un coup de voyage sans retour ou de mort subite, les souffrances ne se mesurent pas ni ne se comparent, la seule vérité est que l'autre est votre oxygène.
Il y a quelques mois j'ignorais que Claude Ponti, auteur phare connu en tant que illustrateur d'albums de jeunesse, avait également rédigé des romans pour adultes. Ses albums évoquent inlassablement l'humour, la poésie des mots et la violence imaginaire des monstres. Les enfants en raffolent. Tout simplement : Les monstres de ses histoires sont tellement étrangers à notre réalité, que les enfants s'amusent à avoir peur en comprenant bien que ces effrayantes créatures n'existeront jamais qu'entre les pages de leurs livres. Des heures de bonheur! Et pourtant, Le monde et inversement se lit comme ses albums de jeunesse malgré la difficulté de se retrouver dans ce puzzle bigarré. Tous les jeux du vocabulaire et des images s'y retrouvent. Plusieurs tableaux déjantés se succèdent à une telle vitesse que parfois j'étais perdue. Ne serait-ce l'illustration de son imaginaire débridé où tout s'entremêle?
01 mai 2009
Dictionnaire de l'amour et du plaisir au japon
Enfin un dico qui traite sans pudeur des thèmes comme l'amour (du premier baiser au dernier adieu), le corps (comme un rocher), la beauté (tristesse et secret), la sexualité (vagin pieuvre, visage d'orage et pénis cosmique), l'industrie du sexe (l'imagination au pouvoir) et le fantastique (éloge de l'ombre). De nombreuses illustrations sont déroutantes et surprenantes. De sacrés visuels fort explicites! C'est un ouvrage indispensable pour tout amoureux du Japon et curieux de découvrir des horizons lointains ... Ce pavé se donne pour objectif de décrypter le comportement des Japonais, et surtout de définir la pensée japonaise et sa culture érotique. Elle dépasse largement le cadre de la sexualité en témoignant surtout de la création contemporaine, son enracinement dans une tradition spirituelle ancestrale et millénaire. Agnès Giard a réussi à briser les tabous en faisant de ce sujet le terrain d'investigation. Un long voyage au pays des sens vous attend désormais.
Pour assouvir votre appétit n'hésitez pas à se promener sur son blog.
17 avril 2009
Le livre enfer et paradis
Marc Varence connaît parfaitement le monde du livre. Par le passé, lui-même a pratiqué de nombreux métiers liés autour du livre (journaliste, éditeur, diffuseur, libraire, attaché de presse, écrivain). Il est également le fondateur du premier salon virtuel du livre (2007), Le Monde du Livre. Tout découle de l'adage moins on lit plus on publie fortement ancré, à l'heure actuelle, dans le monde de la littérature. Cet ouvrage unique, me semble t-il, sur le monde impitoyable de l'édition est incontournable pour ceux (y compris moi!) qui veulent et tentent de s'y aventurer. Il s'articule en trois parties Voyage au centre de la planète Livres, Le premier salon du livre permanent sur internet, Florilège d'articles sans langue de bois. Force est de constater que c'est une véritable jungle ... Sans tabou ni langue de bois, il manie une écriture simple, claire, synthétique et direct! J'ai particulièrement apprécié les informations sur l'édition et les dessous des métiers du livre. Ce sont de véritables pépites!
13 avril 2009
Serge Bilé
En une semaine j'ai lu ces deux ouvrages tordant bien le cou aux préjugés sur les noirs (passé, esclavage, colonisation, ...). Serge Bilé espère également clouer le bec aux défenseurs du colonialisme. Rappelez vous du discours prononcé par Sarkozy à Dakar et du projet d'enseigner les bienfaits et le rôle positif de la colonisation dans les écoles. Ils sont d'une telle richesse qu'il me tarde déjà de lire La légende du sexe surdimensionné des noirs et Noirs dans les camps nazis.
Il me parle directement de ce qui me passionne : la question du racisme et des noirs. Selon lui, on a beau nous dire que le racisme n’est plus aussi fort comme avant, mais il reste encore aujourd’hui des séquelles du passé. La colonisation, l’esclavage ont produit des stéréotypes sur les Noirs. Et ces stéréotypes demeurent aujourd’hui dans l’inconscient des gens. Et si vous ne cherchez pas à comprendre d’où viennent les problèmes qu’on a avec les autres, si vous ne cherchez pas dans l’histoire vous ne donnerez pas les clefs à vos enfants pour le comprendre. C’est donc pour essayer de surmonter ce handicap que je travaille constamment à décortiquer, à travers l’histoire et le présent les choses que nous avons héritées dans nos rapports avec les autres. Le Blanc ne pourra pas dépasser les stéréotypes qu’il a sur les Noirs et les Noirs ne pourront pas dépasser les complexes qu’ils ont pour beaucoup face aux Blancs. Donc, ce n’est pas une obsession, c’est une réalité du quotidien.
// Quand les noirs avaient des esclaves blancs //
Les ancêtres n'ont pas été que des esclaves et des colonisés. La colonisation n'est qu'une partie de l'histoire africaine puisqu'elle a aussi connu des périodes de prospérité : de grands empires qui ont eu un rayonnement comparable à l'Asie, à l'Europe ou ailleurs. Des civilisations riches et puissantes.
// Et si Dieu n'aimait pas les noirs? : enquête sur le racisme au sein du Vatican //
Il a enquêté au Vatican et a remarqué que les évêques et les cardianaux entretiennent des rapports particuliers basés sur les stéréotypes avec noirs et les africains. Des témoignages de prêtres et de religieuses d’origine africaine, en poste à Rome, sur les conditions, les traitements et les discriminations dont ils seraient victimes sont regroupés dans cet ouvrage. Cette enquête sera également bientôt suivie d’un documentaire Une journée dans la vie de Marie-Madeleine sur la vie et la sexualité dans les couvents avec des témoignages de cinq ex-religieuses, recueillis en Italie, au Congo, en France, et en Martinique. De la malédiction de Cham à la position de l’Eglise par rapport à la traite négrière, en passant par toutes les croyances héritées de vieilles théories catholiques l'auteur expose une partie des faits et arguments sur lesquels l’Eglise s’est fondée pour prouver l’infériorité de la race noire depuis des lustres...
Martin Luther KING a dit un jour Quand vous êtes prêts à partir pour le travail, sachez que la moitié de toutes les choses et de tous les appareils dont vous vous êtes servis avant de quitter votre maison ont été inventé par des noirs. Dans cette citation se trouve une bonne dose de réflexions. Que savez vous sur ces hommes noirs? Le saviez vous? Des surprises peuvent être révélées. Que serait donc le monde moderne?
Alexender MILLS invente l'asenceur américain ; Richard SPIKES, la transmission automatique ; Joseph GAMMEL le système de suralimentation pour les moteurs à combustion interne ; Garrett A MORGAN les feux de circulations ; Elbert R.ROBINSON le tramway ; Charles BROOKS la balayeuse motorisée ; John LOVE le taille-crayon ; William PURVIS la plume à réservoir ; Lee BURRIDGE la machine à écrire ; W.A LOVETTE la nouvelle presse à imprimer ; William BARRY le tampon manuel ; Philippe DOWNING la boite aux lettres ; Joseph SMITH l'arrosoir mécanique, et John BURR, la tondeuse à gazon ; Lewis LATIMER la lampe électrique ; Michael HARVEY la lanterne ; Granville T. WOODS l'interrupteur-régulateur automatique ; Thomas W. STEWARD le balai ; Lloyd P.RAY le porte poussière ; Jan E.MATZELINGER la machine à formes de chaussures ; Walter SAMMONS le peigne ; Sarah BOONE la planche à repasser, Georges T.SAMON la sécheuse à linge ; John STANDARD le réfrigérateur.
08 avril 2009
Dis oui, Ninon
C'est drôle, j'ai l'impression d'avoir grandi tout à coup. Ça fait mal au ventre de grandir, ça fait un noeud tout serré au milieu du ventre, c'est à cause des intestins qui grandissent aussi. C'est très triste de grandir, ça donne envie de pleurer sans larmes.
Lors d'un passage éclair à l'Escale du Livre (Bordeaux), je me suis précipitée sur le premier roman de Maud Lethielleux qu'elle m'a gentillement dédicacé. Elle était face à moi avec son sourire malicieux et m'a souhaité une jolie balade en compagnie d'une petite fille adulte. Ninon. Elle a coupé le cordon ombilical avec sa maman. Elle ne lui appartient plus vraiment. Elle se ballade de foyer en foyer pour illuminer le quotidien des lecteurs. Elle a réveillé la petite fille en moi étouffée. Je ne suis pas prête à l'oublier et je suis désormains prête à vivre et à exister autrement... J'ai retrouvé le sourire.
En lisant la première page, j'ai été littéralement transportée dans les pensées naives et touchantes d'une enfant de neuf ans. Celle de Ninon. En elle, j'ai retrouvé un peu Mafalda. Le personnage de mon enfance. Elle est aussi la cousine de Pico Bogue La vie et moi (tome1), Situations critiques (tome 2) le petit roquin à la tignasse ébouriffée. Sa voix résonne tout au long du livre. Tous les ingrédients de l'enfance y sont : beaucoup d'amour et d'attachement, papa, maman, ... En semant les grains de sagesse sur son chemin, elle cherche à se construire un monde rassurant au milieu du chaos malgré la rudesse de la vie. Elle connaît les réponses.
Pour information : le deuxième roman D’où je suis, je vois la lune paraîtra chez Stock en janvier 2010.
22 mars 2009
Fred Desbordes
Vous la connaissez en tant qu'écrivaine. Rapellez vous des articles One Way/Two Times Messages Personnels. Figurez vous qu'elle est en route pour de nouvelles aventures. Cette fois ci en tant que reponsable d'un café. Rendez vous au café bordelais Bulle de Fabrique, qui ouvrira les portes en avril ... Un sacré bazar métamorphosé en un espace aérien aux multiples fonctions. J'irais faire un tour et je réclamerais sans hésiter les dédicaces poussiéreuses de ses deux romans.
16 juillet 2008
Aimé Césaire
Aimé Césaire s'est tourné vers le théâtre pour conserver toute la poésie de ses paroles. Ces trois pièces de théâtre mettent en scène la tragédie, les drames et la lutte de la décolonisation. Ce sont des appels universels qui donnent à entendre la quête de reconnaissance. Des textes, chargés non seulement de rage mais aussi de justice, soulignent l’importance de la reconstruction. Sa pensée est, encore une fois, poétique et politiques. Ces termes sont désormais indissociables. Le sentiment qu'a l'homme de sa faiblesse et sa recherche perpétuelle de protection contre des forces qui le dépassent, en premier lieu contre des forces naturelles, c'est cela que l'on doit comprendre. Le principe d'espérance est lié à cette vision du monde. Nous sommes sur les voies d'une possible refondation de l'humanité ...
// La tragédie du roi Christophe // J’ai suivi, à travers l'aventure haïtienne de Christophe, le destin collectif du peuple africain d'aujourd'hui . Cette pièce anticoloniale jette un regard lucide sur les conséquences et les méfaits de la décolonisation. Il ne suffit pas de gagner la liberté. Il s'agit plutôt de construire un pays à savoir un Etat en assurant des lendemains tragiques ...
// Une saison au Congo // J’ai tout de suite vu dans cette pièce (Notons le titre « Une saison au Congo » (N'y aurait il pas derrière une allusion au poème de Rimbaud "Une saison en enfer"?) un reportage magnifié résumant en trois actes la carrière politique de Patrice Lumumba (une des figures de l’indépendance du Congo), les évènements et les grandes étapes de sa carrière politique. J’ai également perçu un rythme incantatoire sur l’affrontement entre l’imagination (le colonialisme paternaliste) et la raison (l’aliénation des colonisés).
// Une tempête // Une pièce de Shakespeare (finalement il ne reste plus grand chose de ce dernier!)"détournée" à la manière d'Aimée Césaire. Le recours à deux attitudes extrêmes, celles de la violence (Malcom X, Black Panthers) et de la non violence (Martin Luther King), est fondamental. De ces faits majeurs naîtront la libération du joug colonial et la liberté salvatrice.
15 juillet 2008
Aimé Césaire
J’ai consacré tout le mois de juin à plusieurs lectures d’Aimé Césaire : Cahier d’un retour au pays natal ; Nègre je suis, nègre je resterai ; Discours sur le colonialisme ; Une tempête ; La tragédie du roi Christophe ; Une saison au Congo. J’ai été très vite séduite par son style d’écriture dans ses œuvres engagées. Il avait fait un rêve : Noirs et Blancs sont des partenaires égaux, regardant en face leur passé, pour construire ensemble un avenir. Cela ne reviendrait il pas à détruire pour reconstruire? Sa particularité : son engagegement n'était en fait qu'un art de vivre. Il avait réussi à concilier poésie et politique qui ne mène que sur un seul chemin, celui de l'éveil et la prise de conscience salutaire. A en tenir compte : le terme négritude caractérise la condition des Noirs. Il s'agit d'un retour à une identité propre à eux même (Ce n'était pas du tout une théorie raciste renversée… la négritude c'était pour moi une grille de lecture de la Martinique renversée, un miroir exit Aimé Césaire)
// Cahier d’un retour au pays natal // Ce long texte d’une soixantaine de pages comprenant des vers libres salue avec force les conditions inégalitaires des Martiniquais noirs descendants d’esclaves avilit par le passé colonial. Or, ils n'ont pas à avoir honte de ce qu'ils sont. Ils peuvent légitimement revendiquer leur fierté d'être noirs, leur négritude. Ce qui m’a le plus fasciné est la richesse du vocabulaire poétique. De nombreux mots complexes et rares sont utilisés à bon escient. C’est toute la magie de la langue orale. Le recours à une syntaxe particulière, hachée, désarticulée et écartelée, n’a fait que renforcer mon envie de persévérer et de découvrir ses oeuvres.
// Nègre je suis, nègre je resterai // Cet essai, composé d’entretiens avec Françoise Verges, se divise en deux parties : d’une part la première revient sur l'enfance du poète, ses rencontres, son élection sa fascination et son amour pour Haïti et d’autre part dans la deuxième partie Aimé Césaire revisite le post colonialisme qu’il a déjà abordé dans Discours sur le colonialisme. Ce n’est que de la répétition abrégée. Je suis un peu déçue par le contenu car tout ce qu’il dit ne correspond pas vraiment au titre de son œuvre annoncé. Mais il n’empêche que son esprit est toujours aussi vif lorsqu’il critique avec acuité non seulement la victimisation qui est une manière la plus paresseuse pour le Nègre de céder à son histoire ancestrale mais aussi le racisme.
// Discours sur le colonialisme // J’ai connu la douleur et la rage en lisant ce court pamphlet brûlant. Il attaque avec virulence et analyse avec finesse l’attitude hypocrite des Européens qui sont toujours incapable de reconnaître leurs torts face à l’Afrique meurtrie. Au lieu que l’échange soit une bouffée d’oxygène le Blanc a voulu conditionner le Noir. A l’heure actuelle, ce problème persiste toujours autant. Regardez les rapports entre colonisateurs et colonisés !
02 juillet 2008
La disparition de la langue française
"Des retrouvailles irrémédiablement fissurées, partant à la dérive, comme un paquebot qui se pencherait juste avant de s’enfoncer."
Je découvre un des livres, oscillant entre le roman et le récit, les plus émouvants d’Assia Djebar. Il est à lire, à relire et à méditer. Sans hésiter ! Elle a choisit comme héros un homme : Berkane, après un long exil en France, me fait non seulement entrer dans son histoire personnelle et intime mais aussi dans celle de son pays, l’Algérie. Cette imbrication est aussi bien simple que complexe : il est tiraillé entre la langue française considérée comme la langue du souvenir colonial contesté et traqué sans arrêt et l'irréductibilité de l'arabe (les dialectes de la Casbah et d’Oran). L’histoire collective se noue inextricablement à celle de Berkane sur un plan individuel. Par l’intermédiaire de ce personnage, je découvre inlassablement l’éducation française reçue, son engagement précoce (hélas !) dans la guerre d’indépendance, les ruelles d’Alger, les retrouvailles avec les idiomes de l'exil … Il va surmonter plusieurs défis : renouer avec la mémoire éclatée (celle de son enfance et de l’écriture), rompre avec sa compagne, connaître un brève passion avec une exilée de passage avec qui il partagera ses souvenirs … Un parcours, à la fois nécessaire et douloureux, remet en marche sa mémoire affective. Sa terre natale est défigurée par l’islam intégriste. Le spectre du passé colonial en Algérie, à l’heure actuelle, plane toujours … De ce fait, une culture de victimisation semblerait être née et structure l’identité des algériens …
30 avril 2008
Grey Owl
Enfin (certains blogueurs doivent se le dire !) un livre sur la défense de l’environnement par le naturaliste Grey Owl. Ce trappeur « indien » (il s’est teint les cheveux en noir, a assombrit sa peau avec du henné et a passé des heures devant un miroir à s'exercer au stoïcisme « indien »), devenu écrivain célèbre et protégeant les castors, se présentait comme le fils d'un Apache et d'une Écossaise. Or, il était en réalité un Anglais ! Son destin était plutôt exceptionnel.
Toute la richesse de cette biographie illustrée réside non seulement dans la description du tourbillon de ses aventures (jugées parfois rocambolesques !) mais aussi dans son amour pour la nature malgré son animosité et sa dangerosité. Un amour marqué par la discontinuité et l’entremêlement du présent et du passé … L’appel de la nature est totalement subjectif. La Terre-Mère m'a appelé. Elle me parle maintenant. J'ai désormais un petit peu de temps devant moi ... et je n'ai le temps de blasphémer contre la nature ...








