A la recherche de Miss Cultura ...

Carnet de rendez vous pour la culture.

03 mai 2009

Le monde et inversement

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Chaque génération invente le monde pour elle. Mais que l'on se rencontre en cinq mois ou en cinq minutes, que l'on se jette l'un sur l'autre, ou que l'on avance jour après jour, que l'on fasse le tour de l'amour comme un chat fait le tour d'une nouvelle maison, que l'on se quitte sur un coup de rasoir tranchant ou en trois mois d'indécision, avec mille précautions et une lettre de trois pages, ou d'un coup de voyage sans retour ou de mort subite, les souffrances ne se mesurent pas ni ne se comparent, la seule vérité est que l'autre est votre oxygène.

Il y a quelques mois j'ignorais que Claude Ponti, auteur phare connu en tant que illustrateur d'albums de jeunesse, avait également rédigé des romans pour adultes. Ses albums évoquent inlassablement l'humour, la poésie des mots et la violence imaginaire des monstres. Les enfants en raffolent. Tout simplement : Les monstres de ses histoires sont tellement étrangers à notre réalité, que les enfants s'amusent à avoir peur en comprenant bien que ces effrayantes créatures n'existeront jamais qu'entre les pages de leurs livres. Des heures de bonheur! Et pourtant, Le monde et inversement se lit comme ses albums de jeunesse malgré la difficulté de se retrouver dans ce puzzle bigarré. Tous les jeux du vocabulaire et des images s'y retrouvent. Plusieurs tableaux déjantés se succèdent à une telle vitesse que parfois j'étais perdue. Ne serait-ce l'illustration de son imaginaire débridé où tout s'entremêle?

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08 avril 2009

Dis oui, Ninon

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C'est drôle, j'ai l'impression d'avoir grandi tout à coup. Ça fait mal au ventre de grandir, ça fait un noeud tout serré au milieu du ventre, c'est à cause des intestins qui grandissent aussi. C'est très triste de grandir, ça donne envie de pleurer sans larmes.

Lors d'un passage éclair à l'Escale du Livre (Bordeaux),  je me suis précipitée sur le premier roman de Maud Lethielleux qu'elle m'a gentillement dédicacé. Elle était face à moi avec son sourire malicieux et m'a souhaité une jolie balade en compagnie d'une petite fille adulte. Ninon.  Elle a coupé le cordon ombilical avec sa maman. Elle ne lui appartient plus vraiment. Elle se ballade de foyer en foyer pour illuminer le quotidien des lecteurs. Elle a réveillé la petite fille en moi étouffée. Je ne suis pas prête à l'oublier et je suis désormains prête à vivre et à exister autrement... J'ai retrouvé le sourire.

En lisant la première page, j'ai été littéralement transportée dans les pensées naives et touchantes d'une enfant de neuf ans. Celle de Ninon. En elle, j'ai retrouvé un peu Mafalda. Le personnage de mon enfance. Elle est aussi la cousine de Pico Bogue La vie et moi (tome1), Situations critiques (tome 2) le petit roquin à la tignasse ébouriffée. Sa voix résonne tout au long du livre. Tous les ingrédients de l'enfance y sont : beaucoup d'amour et d'attachement, papa, maman, ... En semant les grains de sagesse sur son chemin, elle cherche à  se construire un monde rassurant au milieu du chaos malgré la rudesse de la vie. Elle connaît les réponses.

Pour information : le deuxième roman D’où je suis, je vois la lune paraîtra chez Stock en janvier 2010.

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16 juillet 2008

Aimé Césaire

Aimé Césaire s'est tourné vers le théâtre pour conserver toute la poésie de ses paroles. Ces trois pièces de théâtre mettent en scène la tragédie, les drames et la lutte de la décolonisation. Ce sont des appels universels qui donnent à entendre la quête de reconnaissance. Des textes, chargés non seulement de rage mais aussi de justice, soulignent l’importance de la reconstruction. Sa pensée est, encore une fois, poétique et politiques. Ces termes sont désormais indissociables. Le sentiment qu'a l'homme de sa faiblesse et sa recherche perpétuelle de protection contre des forces qui le dépassent, en premier lieu contre des forces naturelles, c'est cela que l'on doit comprendre. Le principe d'espérance est lié à cette vision du monde. Nous sommes sur les voies d'une possible refondation de l'humanité ...

// La tragédie du roi Christophe //  J’ai suivi, à travers l'aventure haïtienne de Christophe, le destin collectif du peuple africain d'aujourd'hui . Cette pièce anticoloniale jette un regard lucide sur les conséquences et les méfaits de la décolonisation. Il ne suffit pas de gagner la liberté. Il s'agit plutôt de construire un pays à savoir un Etat en assurant des lendemains tragiques ...

// Une saison au Congo //  J’ai tout de suite vu dans cette pièce (Notons le titre « Une saison au Congo » (N'y aurait il pas derrière une allusion au poème de Rimbaud "Une saison en enfer"?) un reportage magnifié résumant en trois actes la carrière politique de Patrice Lumumba (une des figures de l’indépendance du Congo), les évènements  et les grandes étapes de sa carrière politique. J’ai également perçu un rythme incantatoire sur l’affrontement entre l’imagination (le colonialisme paternaliste) et la raison (l’aliénation des colonisés).

// Une tempête //  Une pièce de Shakespeare (finalement il ne reste plus grand chose de ce dernier!)"détournée" à la manière d'Aimée Césaire. Le recours à deux attitudes extrêmes, celles de la violence (Malcom X, Black Panthers) et de la non violence (Martin Luther King), est fondamental. De ces faits majeurs naîtront  la libération du joug colonial et la liberté salvatrice.

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15 juillet 2008

Aimé Césaire

J’ai consacré tout le mois de juin à plusieurs lectures d’Aimé Césaire : Cahier d’un retour au pays natal ; Nègre je suis, nègre je resterai ; Discours sur le colonialisme ; Une tempête ; La tragédie du roi Christophe ; Une saison au Congo. J’ai été très vite séduite par son style d’écriture dans ses œuvres engagées. Il avait fait un rêve : Noirs et Blancs sont des partenaires égaux, regardant en face leur passé, pour construire ensemble un avenir. Cela ne reviendrait il pas à détruire pour reconstruire? Sa particularité : son engagegement n'était en fait qu'un art de vivre. Il avait réussi à concilier poésie et politique qui ne mène que sur un seul chemin, celui de l'éveil et la prise de conscience salutaire. A en tenir compte : le terme négritude caractérise la condition des Noirs. Il s'agit d'un  retour à une identité propre à eux même (Ce n'était pas du tout une théorie raciste renversée… la négritude c'était pour moi une grille de lecture de la Martinique renversée, un miroir exit Aimé Césaire)

// Cahier d’un retour au pays natal // Ce long texte d’une soixantaine de pages comprenant des vers libres salue avec force les conditions inégalitaires des Martiniquais noirs descendants d’esclaves avilit par le passé colonial. Or, ils n'ont pas à avoir honte de ce qu'ils sont. Ils peuvent légitimement revendiquer leur fierté d'être noirs, leur négritude. Ce qui m’a le plus fasciné est la richesse du vocabulaire poétique. De nombreux mots complexes et rares sont utilisés à bon escient. C’est toute la magie de la langue orale. Le recours à une syntaxe particulière, hachée, désarticulée et écartelée, n’a fait que renforcer mon envie de persévérer et de découvrir ses oeuvres.

// Nègre je suis, nègre je resterai // Cet essai, composé d’entretiens avec Françoise Verges, se divise en deux parties : d’une part la première revient sur l'enfance du poète, ses rencontres, son élection sa fascination et son amour pour Haïti et d’autre part dans la deuxième partie Aimé Césaire revisite le post colonialisme qu’il a déjà abordé dans Discours sur le colonialisme. Ce n’est que de la répétition abrégée. Je suis un peu déçue par le contenu car tout ce qu’il dit ne correspond pas vraiment au titre de son œuvre annoncé. Mais il n’empêche que son esprit est toujours aussi vif lorsqu’il critique avec acuité non seulement la victimisation qui est une manière la plus paresseuse pour le Nègre de céder à son histoire ancestrale mais aussi le racisme.

// Discours sur le colonialisme // J’ai connu la douleur et la rage en lisant ce court pamphlet brûlant. Il attaque avec virulence et analyse avec finesse l’attitude hypocrite des Européens qui sont toujours incapable de reconnaître leurs torts face à l’Afrique meurtrie. Au lieu que l’échange soit une bouffée d’oxygène le Blanc a voulu conditionner le Noir. A l’heure actuelle, ce problème persiste toujours autant. Regardez les rapports entre colonisateurs et colonisés !

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02 juillet 2008

La disparition de la langue française

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"Des retrouvailles irrémédiablement fissurées, partant à la dérive, comme un paquebot qui se pencherait juste avant de s’enfoncer."

Je découvre un des livres, oscillant entre le roman et le récit, les plus émouvants d’Assia Djebar. Il est à lire, à relire et à méditer. Sans hésiter ! Elle a choisit comme héros un homme : Berkane, après un long exil en France, me fait non seulement entrer dans son histoire personnelle et intime mais aussi dans celle de son pays, l’Algérie. Cette imbrication est aussi bien simple que complexe : il est tiraillé entre la langue française considérée comme la langue du souvenir colonial contesté et traqué sans arrêt  et l'irréductibilité de l'arabe (les dialectes de la Casbah et d’Oran). L’histoire collective se noue inextricablement à celle de Berkane sur un plan individuel. Par l’intermédiaire de ce personnage, je découvre inlassablement l’éducation française reçue, son engagement précoce (hélas !) dans la guerre d’indépendance, les ruelles d’Alger, les retrouvailles avec les idiomes de l'exil … Il va surmonter plusieurs défis : renouer avec la mémoire éclatée (celle de son enfance et de l’écriture), rompre avec sa compagne, connaître un brève passion avec une exilée de passage avec qui il partagera ses souvenirs … Un parcours, à la fois nécessaire et douloureux, remet en marche sa mémoire affective. Sa terre natale est défigurée par l’islam intégriste. Le spectre du passé colonial en Algérie, à l’heure actuelle, plane toujours … De ce fait, une culture de victimisation semblerait être née et structure l’identité des algériens …

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24 avril 2008

Fahrenheit 451

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"Gavez les hommes de données inoffensives, incombustibles, qu'ils se sentent bourrés de faits à éclater, renseignés sur tout. [...] Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie à quoi confronter leur expérience."

J’ai vite été happée par le caractère oppressant de l'histoire qui est une véritable critique acerbe de la censure et de la société. Un livre qui ne vieillit pas et il reste toujours d’actualité en étant empreint d’une grande philosophie (le devenir de la liberté d’expression, les dérives autoritaires, l’endoctrinement,la surinformation, le conformisme, l’asservissement des masses, l’individualisme, l’uniformisation, la pauvreté intellectuelle, etc.). Grâce aux loisirs idiots, l'homme, abruti et broyé par la société, n'est heureux que dans un contexte stable et routinier.

Comme dit Jean d’Ormesson on ne brûle pas encore les livres, mais on les étouffe sous le silence. La  lecture a toujours été considérée comme un acte antisocial. Rappelez vous des autodafés remontant à la plus Haute Antiquité. Jules César (à Alexandrie), les papes et l’Inquisition, Hitler ont brûlé des bibliothèques entières.  Notez que l’autodafé le plus récent date de 2007, celui de la Mosquée Rouge (Pakistan). Il semblerait que plus il y a d'ouvrages, plus nous cherchons à les détruire.Chaque livre qui brûle est une tragédie, une mort. C'est tout le symbole d’un passé commun qui part en fumée ...

Je vous laisse découvrir 1984 Orson Welles, Le meilleur des mondes Aldous Leonard Huxley, Ravage René Barjavel, Le Passeur Lois Lowry, Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques X. Polastron.

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29 mars 2008

Mirages du Sud

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Ce roman, composé de six récits de voyage (des unités à la fois dépendante et indépendante les unes des autres), se résume en deux phrases : éloge du nomadisme et exil des mots. Nedim Gursel me conduit vers des paysages et des pays divisés et tiraillés entre l’Orient et l’Occident. Ils ne se sont formés qu’au gré de l’Histoire grâce à un coup de vent par ci et par là. Les souvenirs ne sont que des mirages tels que la cartographie des sentiments. Un vagabondage m’amenant sur le chemin d’un monde viable et respirable malgré les empreintes de la tristesse. Rien ne s’arrête désormais. Une contemplation béate qui aboutit à l'effacement de l'humanité ....

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27 mars 2008

Into the wild

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Ce livre de 250 pages présente dans le détail toute l’enquête qu’a mené le journaliste Jon Krakauer et toutes choses qui sont ignorées dans le film (Je ne remets surtout pas en question l’adaptation cinématographique de Sean Penn. Je l’applaudi ! Cf. chronique du 11 février). Il vient en complément pour apporter des réponses ou des précisions sur cette tragédie suscitant beaucoup trop de réactions. Je conseille de le lire plutôt après le film. Le temps de l’avoir digéré… La liste n’est qu’exhaustive. Je n’ai mis que l’essentiel.

Ce que vous trouverez :

-Aucun point de vue sur le monde. Vous assisterez plutôt à la beauté première du monde et toute la philosophie de l’homme dans la nature ; vous découvrirez réellement les lieux traversés par lui et les hypothétiques motivations.

-De divers témoignages et le point de vue de la famille

-Des citations de quelques réactions à ses articles du style Non seulement McCandless est mort parce qu'il était idiot, mais l'envergure de ses aventures est si minable qu'elle en devient pathétique

-Des citations de passages soulignés dans les livres emportés par Chris

-Des chapitres entiers consacrés à d'autres aventuriers ayant perdu la vie de la même manière que McCandless

-Des explications sur la raison de la présence de ce vieil autobus au milieu de nulle part (chut ! à vous de découvrir !), celles du déséquilibre psychologique dont il souffrait, les véritables causes médicales de sa mort ...

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19 mars 2008

La tectonique des sentiments

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« Quand une femme ne tient debout que soutenue par l’amour et que cet amour lui est brusquement retiré, si elle ne veut pas tomber, elle doit remplacer ce sentiment par un autre aussi fort : la haine… C’est bon la haine, c’est chaud, c’est solide, c’est sûr. À l’opposé de l’amour, on ne doute pas dans la haine. Jamais. Je ne connais rien de plus fidèle que la haine. Le seul sentiment qui ne trahit pas. »

Une comédie à la fois cruelle et tendre décortiquant méticuleusement les rapports amoureux. Il s’agit d’une modulation des mystères de l’amour représentée par des personnages antipathiques. Derrière ces apparences se cachent la fragilité et la souffrance. La théorie de la tectonique des sentiments : nous ne choisissons jamais au hasard notre partenaire. Il y a toujours une imbrication de l’inconscient sur la conscience. La régulation de la mouvance de nos émotions provoque régulièrement des séismes. L’amour est sans cesse ballotté, maltraité et sali. Un sentiment qui est sans arrêt trahi, construit et déconstruit.

Cette pièce théâtrale se lit d’une traite en créant un malaise ... La particularité d’Eric Emmanuel Schmitt est affûter les questions et partager avec le lecteur. Un suspense psychologique interminable. Il y a toujours une révélation finale intéressante dans ses romans.

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16 mars 2008

Lire Lolita à Téhéran

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"Mon rêve récurrent c’est qu’à la Charte des Droits de l’Homme on ajoute un amendement : le droit à l’imagination. Désormais, je suis convaincue qu'il ne peut exister aucune véritable démocratie sans la liberté de l’imagination et le droit de profiter librement des œuvres de fiction."

Je viens de terminer ce magnifique hymne à la vie et à la littérature (le grand instrument de liberté !). L’auteur nous fournit un témoignage percutant très détaillé sur la vie sous la République Islamique et nous entraîne en même temps dans la littérature occidentale. J’ai rencontré plus particulièrement quatre écrivains qui en dessinent les parties : Vladimir Nabokov, Scott Fitzgerald, Henry James et Jane Austen. Il s'agit d'une interrogation sur les rapports que la littérature et la fiction peuvent engendrer suite à l'oppression politique. Comment des oeuvres littéraire peuvent être le seul échappatoire? Ce cercle de littérature clandestin organisé par Azar Nafisi a été pour elle la seule manière de lutter contre le régime. Pendant deux ans sept de ses étudiantes sont venues pour découvrir les grandes œuvres de la littérature occidentale. Elle enseigne la littérature occidentale qui est un instrument précieux pour non seulement confronter avec un monde complètement transfiguré mais aussi pour affronter régulièrement les gardiens de la révolution islamique (Une femme voilée est protégée comme une perle dans sa coquille d'huître). Sa passion balaie et renverse tout sur son passage. La curiosité est la meilleure forme d'insoumission.

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