15 mai 2009
Des manuels encore un peu trop blancs
La Haute Autorité de lutte contre les discriminations a passé au crible les manuels scolaires. A l'heure où Barack Obama entre dans l'histoire, il reste encore bien des progrès à réaliser. Une femme voilée pour illustrer la Turquie, une main rachitique pour symboliser l'Afrique… Sans attendre que Barack Obama fasse son entrée dans les livres d'histoire des écoliers français, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) publie, jeudi 6 novembre, une grande enquête sur la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires.
Pas moins de 29 ouvrages et 3 097 illustrations ont été passés au crible par une équipe de chercheurs de l'université Paul-Verlaine de Metz. Le constat n'est pas accablant. Premier relatif satisfecit : les minorités visibles… sont visibles. 10% des illustrations représentent "un personnage principal de couleur", dont un peu plus de la moitié un personnage "pouvant être perçu comme étant originaire d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient" . Ensuite, parce que les clichés racistes hérités de la période coloniale ont disparu. Le discours antiraciste y est présent. Les discriminations à l'égard des minorités visibles sont davantage dénoncées que celles à l'encontre d'autres groupes tels que les femmes, les handicapés, les seniors ou les homosexuels, également étudiés par l'enquête.
Toutefois, certains stéréotypes ont encore la vie dure. D'abord, note la Halde, certaines minorités sont manifestement plus mises en valeur que d'autres. Ensuite, les manuels de géographie en particulier, dans les chapitres sur l'Afrique et le Maghreb, mettent l'accent sur la pauvreté sans que soient par ailleurs représentées des situations positives de modernité pourtant présentes dans les pays étudiés.
Les personnes noires sont particulièrement stigmatisées. Les illustrations où elles apparaissent, tant en géographie, en sciences de la vie et de la terre qu'en éducation civique, renforcent encore souvent le stéréotype de l'Africain non seulement pauvre, mais aussi malade. Dans les manuels d'histoire, la présence des personnes noires, fortement liée à la question de l'esclavage et à celle de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, amène certains élèves à considérer que "pour les Français, Noir égale esclave". Autant de représentations qui, selon les auteurs, contribuent à entretenir "une vision inégalitaire entre Noirs et Blancs en faisant appel à un registre émotionnellement inutile". Bref, le "sanglot de l'homme blanc" n'est jamais bien loin.
Les auteurs ne préconisent évidemment pas de taire la vérité sur les faits, comme l'esclavage ou la famine. "Cependant, insistent-ils, les contenus susceptibles de produire des identifications négatives doivent être absolument relativisés." A quand la photo d'un cybercafé en plein milieu d'un quartier populaire à Tunis ou à Bamako ou d'un agriculteur africain consultant les cours des matières premières sur son ordinateur?
"Les minorités visibles apparaissent davantage comme des personnages de débats portés par les manuels que des personnages de manuels au même titre que les autres", résume un enseignant d'anglais.
Au-delà des illustrations, le choix des exemples, ou des prénoms dans les exercices, y compris de mathématiques, n'est pas anodin. Chez Hatier (manuel de 5e), une petite fille réussit-elle son exercice de géométrie? Normal, elle porte un prénom "bien français". Sa camarade de classe se trompe? Pas de chance, elle s'appelle Samira. "Ce type d'exercice peut renforcer le stéréotype de l'élève maghrébin ou noir en situation d'échec scolaire ou éveiller un sentiment de discrimination" , notent les auteurs de l'étude, alertés eux-mêmes par des élèves de 5e.
Le lien qui est fait avec les appartenances religieuses, et en particulier l'islam, tend aussi à entretenir une discrimination. Pourquoi Nathan (manuel d'histoire-géographie de terminale) illustre-t-il l'islam avec une mosquée située hors du territoire national, et le catholicisme avec la cathédrale de Chartres? Forcément, un tel choix ne peut que renforcer l'idée que l'islam est une religion étrangère à la France. Surtout que le texte évoque "la crise des vocations" mais jamais "l'évolution de la pratique religieuse".
De même, recourir à la symbolique du voile, notamment du niqab, dans une illustration évoquant le refus de l'Union européenne d'intégrer la Turquie est pour le moins périlleux. Certes, ce choix peut avoir pour but de faire réagir les élèves et d'être discuté en classe mais, relèvent les auteurs de l'étude, "il risque surtout de renforcer le stéréotype selon lequel le port du voile justifie toutes les formes de rejet et d'exclusion".
Il y a une autre façon d'exclure. Ne pas montrer. En sciences de la vie et de la terre, les corps noirs sont particulièrement peu représentés. Dans un autre registre, l'origine étrangère d'une célébrité, comme Picasso, n'est pas systématiquement évoquée.
Dans ses recommandations, la Halde reconnaît que "les stéréotypes sont peu fréquents mais ils existent, d'autant plus que la fréquence n'enlève rien à l'effet qu'ils peuvent produire chez celui ou celle qui en est victime". Jugeant le bilan "mitigé", elle recommande surtout aux éditeurs de ne pas se contenter de "représenter correctement deux ou trois minorités visibles, en ignorant les autres".
Ce premier principe établi, la Halde recommande d'éviter les stéréotypes véhiculés par des représentations exagérément choquantes, "sans pour autant dissimuler le rapport à la vérité des faits". Comment? En procédant par contraste ou contre-stéréotype. Les auteurs délivrent un satisfecit à Magnard pour avoir illustré un de ses ouvrages d'histoire-géographie avec "un berger massaï au milieu de son troupeau, souriant et plutôt bien portant, téléphone portable à la main". En revanche, c'est le même éditeur qui publie (dans un autre ouvrage) la main famélique. "Un même manuel peut contenir des contre-stéréotypes pertinents, mais également des stéréotypes que nous condamnons", déplorent les chercheurs.
Les manuels de français doivent aussi s'ouvrir davantage à la diversité culturelle. "L'identité française qu'ils véhiculent au travers de la littérature, et de l'intitulé de leur discipline, ne doit pas laisser de côté les minorités visibles qui constituent la société civile", relève la Halde.
Parallèlement à cette réflexion, la Halde estime qu'un débat et des recherches mériteraient d'être engagés sur l'enseignement de la religion en France, notamment sur la représentation de l'islam et des musulmans dans les manuels scolaires.
Mais la Halde ne se fait guère d'illusions. "La meilleure volonté des éditeurs ne suffira pas à faire réellement évoluer certains manuels, si les programmes ne les aident pas à introduire davantage les minorités visibles dans le respect de l'évitement des stéréotypes."
Source : Le Monde - 06.11.08 - Laetitia van Eeckhout
17 avril 2009
Le livre enfer et paradis
Marc Varence connaît parfaitement le monde du livre. Par le passé, lui-même a pratiqué de nombreux métiers liés autour du livre (journaliste, éditeur, diffuseur, libraire, attaché de presse, écrivain). Il est également le fondateur du premier salon virtuel du livre (2007), Le Monde du Livre. Tout découle de l'adage moins on lit plus on publie fortement ancré, à l'heure actuelle, dans le monde de la littérature. Cet ouvrage unique, me semble t-il, sur le monde impitoyable de l'édition est incontournable pour ceux (y compris moi!) qui veulent et tentent de s'y aventurer. Il s'articule en trois parties Voyage au centre de la planète Livres, Le premier salon du livre permanent sur internet, Florilège d'articles sans langue de bois. Force est de constater que c'est une véritable jungle ... Sans tabou ni langue de bois, il manie une écriture simple, claire, synthétique et direct! J'ai particulièrement apprécié les informations sur l'édition et les dessous des métiers du livre. Ce sont de véritables pépites!
13 avril 2009
Serge Bilé
En une semaine j'ai lu ces deux ouvrages tordant bien le cou aux préjugés sur les noirs (passé, esclavage, colonisation, ...). Serge Bilé espère également clouer le bec aux défenseurs du colonialisme. Rappelez vous du discours prononcé par Sarkozy à Dakar et du projet d'enseigner les bienfaits et le rôle positif de la colonisation dans les écoles. Ils sont d'une telle richesse qu'il me tarde déjà de lire La légende du sexe surdimensionné des noirs et Noirs dans les camps nazis.
Il me parle directement de ce qui me passionne : la question du racisme et des noirs. Selon lui, on a beau nous dire que le racisme n’est plus aussi fort comme avant, mais il reste encore aujourd’hui des séquelles du passé. La colonisation, l’esclavage ont produit des stéréotypes sur les Noirs. Et ces stéréotypes demeurent aujourd’hui dans l’inconscient des gens. Et si vous ne cherchez pas à comprendre d’où viennent les problèmes qu’on a avec les autres, si vous ne cherchez pas dans l’histoire vous ne donnerez pas les clefs à vos enfants pour le comprendre. C’est donc pour essayer de surmonter ce handicap que je travaille constamment à décortiquer, à travers l’histoire et le présent les choses que nous avons héritées dans nos rapports avec les autres. Le Blanc ne pourra pas dépasser les stéréotypes qu’il a sur les Noirs et les Noirs ne pourront pas dépasser les complexes qu’ils ont pour beaucoup face aux Blancs. Donc, ce n’est pas une obsession, c’est une réalité du quotidien.
// Quand les noirs avaient des esclaves blancs //
Les ancêtres n'ont pas été que des esclaves et des colonisés. La colonisation n'est qu'une partie de l'histoire africaine puisqu'elle a aussi connu des périodes de prospérité : de grands empires qui ont eu un rayonnement comparable à l'Asie, à l'Europe ou ailleurs. Des civilisations riches et puissantes.
// Et si Dieu n'aimait pas les noirs? : enquête sur le racisme au sein du Vatican //
Il a enquêté au Vatican et a remarqué que les évêques et les cardianaux entretiennent des rapports particuliers basés sur les stéréotypes avec noirs et les africains. Des témoignages de prêtres et de religieuses d’origine africaine, en poste à Rome, sur les conditions, les traitements et les discriminations dont ils seraient victimes sont regroupés dans cet ouvrage. Cette enquête sera également bientôt suivie d’un documentaire Une journée dans la vie de Marie-Madeleine sur la vie et la sexualité dans les couvents avec des témoignages de cinq ex-religieuses, recueillis en Italie, au Congo, en France, et en Martinique. De la malédiction de Cham à la position de l’Eglise par rapport à la traite négrière, en passant par toutes les croyances héritées de vieilles théories catholiques l'auteur expose une partie des faits et arguments sur lesquels l’Eglise s’est fondée pour prouver l’infériorité de la race noire depuis des lustres...
Martin Luther KING a dit un jour Quand vous êtes prêts à partir pour le travail, sachez que la moitié de toutes les choses et de tous les appareils dont vous vous êtes servis avant de quitter votre maison ont été inventé par des noirs. Dans cette citation se trouve une bonne dose de réflexions. Que savez vous sur ces hommes noirs? Le saviez vous? Des surprises peuvent être révélées. Que serait donc le monde moderne?
Alexender MILLS invente l'asenceur américain ; Richard SPIKES, la transmission automatique ; Joseph GAMMEL le système de suralimentation pour les moteurs à combustion interne ; Garrett A MORGAN les feux de circulations ; Elbert R.ROBINSON le tramway ; Charles BROOKS la balayeuse motorisée ; John LOVE le taille-crayon ; William PURVIS la plume à réservoir ; Lee BURRIDGE la machine à écrire ; W.A LOVETTE la nouvelle presse à imprimer ; William BARRY le tampon manuel ; Philippe DOWNING la boite aux lettres ; Joseph SMITH l'arrosoir mécanique, et John BURR, la tondeuse à gazon ; Lewis LATIMER la lampe électrique ; Michael HARVEY la lanterne ; Granville T. WOODS l'interrupteur-régulateur automatique ; Thomas W. STEWARD le balai ; Lloyd P.RAY le porte poussière ; Jan E.MATZELINGER la machine à formes de chaussures ; Walter SAMMONS le peigne ; Sarah BOONE la planche à repasser, Georges T.SAMON la sécheuse à linge ; John STANDARD le réfrigérateur.
16 avril 2008
Je fais un rêve

Dans ce livre, Martin Luther King nous invite à réfléchir sur le racisme, la violence, la religion et le courage. Ces dix textes essentiels méritent d’être connus, lus et relus. Ce prophète de la non-violence, malgré son mystère et son cynisme, était perspicace, lucide et ambitieux. Des qualités qui lui ont permis de comprendre toute l'ambiguïté de la relation qui le liait au monde de la politique, plus particulièrement celui des Kennedy. Il a su également utilisé les médias à bon escient en mariant la foi religieuse et la ferveur politique. Selon lui, la stratégie de la non-violence ne peut fonctionner que si l’agresseur est un être humain « normal », éprouve de la pitié et a suffisamment d'intelligence pour comprendre mon mode pensée. Là où il n'y a pas de justice, il ne peut y avoir de paix. Ce proverbe est désormais utile dans le monde d'aujourd'hui … Ses paroles résonnent toujours. Suivons plutôt son action … Nous ne rêvons plus ...
08 avril 2008
Lire?
"Un libraire qui brûle, c'est une bibliothèque qui meurt"
Imaginez une société où la lecture devient aussi illégale que le tabac dans les lieux publics. Les libraires sont contraints à la reconversion, à vendre leurs livres sous le manteau, les lecteurs sont désemparés et plongés dans la clandestinité ...
Une mini lecture qui donne à réfléchir sur notre monde contemporain dominé par l’image et les nombreux interdits fastidieux (un sacré pied de nez à la loi anti-tabac !) sous forme de métaphore ... Tout est particulièrement instructif.
17 mars 2008
Le Salon du livre efface l’histoire palestinienne
Susan Abulhawa
Quelle que soit l’ampleur de l’injustice commise à notre endroit, quel que soit l’enracinement de notre douleur dans le temps et dans le sol palestinien, il semble que le monde refuse toujours d’entendre notre voix et nous dénie toute existence historique, ne voyant en nous que des squatteurs, des terroristes, des créatures qui ne bénéficient pas du statut d’êtres humains et ne méritent ni leur propre terre ni leur patrimoine, qui n’ont pas le droit de se défendre ou de résister à l’oppression.
La dernière en date des institutions qui contribuent à effacer plusieurs millénaires de notre culture et de notre histoire palestiniennes est le Salon du livre, organisé sous les auspices du ministère de la Culture français. Tous les ans, cette foire du livre met un pays à l’honneur et fait connaître ses auteurs contemporains. Cette année, le choix s’est porté sur Israël, un pays comptant soixante ans d’existence, créé sur la terre de la Palestine antique, avec une population venue d’ailleurs (Europe, ex-Union soviétique, Etats-Unis, Ethiopie, etc.) pour remplacer les Palestiniens qui, chassés de presque tout le pays, dépérissent, connaissent les conditions dégradantes des camps de réfugiés, sont soumis à une occupation militaire cruelle ou dispersés aux quatre vents.
Catastrophique sur le plan des droits de l’homme, largement en tête pour ce qui concerne les violations flagrantes des lois internationales et des résolutions de l’ONU, Israël s’est emparé d’un pays jadis multiconfessionnel, multiethnique, multiculturel et en a fait un espace exclusivement réservé aux Juifs. Cet Etat, dont le système d’apartheid a été dénoncé par des autorités morales aussi incontestées que Desmond Tutu et Jimmy Carter, est la nation que la France a choisi d’honorer lors de son prestigieux Salon. Jusqu’à une date récente, je croyais que tout n’était pas perdu. Naïvement, je pensais que la France accueillerait favorablement notre histoire et présenterait mon livre, The Scar of David, d’autant plus que la traduction française (les Matins de Jénine, Buchet-Chastel) est sortie le 6 mars. Ce récit, je l’ai arraché au plus profond de notre âme angoissée pour faire entendre le cri primal d’une nation violée. Mais aucun Palestinien - et même aucun Israélo-Palestinien - n’a été invité à cette manifestation. J’y ai vu une injonction à ne pas y participer. Comment une telle chose est-elle possible ? Les organisateurs savent-ils qu’Israël est juché sur des villages palestiniens évacués ? Que les récoltes dont se nourrissent les Israéliens proviennent d’un sol fertilisé, enrichi par les dépouilles de mes ancêtres, que les arbres qui leur donnent leurs fruits ont été plantés par ces mêmes ancêtres, à commencer par mes grands-parents, et ainsi depuis des siècles, sinon des millénaires ?
Indéniablement, je suis une fille de Jérusalem, bien qu’Israël ne voie pas en moi un être humain digne d’y vivre et d’y prospérer, à l’exemple de tous mes ancêtres. Les organisateurs du Salon du livre veulent-ils, à l’instar d’Israël, faire comme si la Palestine et les Palestiniens n’existaient pas, n’avaient jamais existé ? Savent-ils que Jésus était palestinien, et que la généalogie de nombreux chrétiens palestiniens remonte au Ier siècle ? Certains Palestiniens portent le nom de « Canaan ». Aucun Israélien n’est aussi enraciné dans cette terre que cette famille Canaan dépossédée ! Est-il venu à l’esprit des organisateurs que les tribus hébraïques qui existaient en Palestine il y a trois mille ans sont plus sûrement mes ancêtres - si tant est qu’on puisse remonter aussi loin - que ceux des Juifs russes ou de n’importe quel groupe ethnique israélien importé ? A moins que le Salon du livre soit simplement complice des efforts incessants d’Israël pour débarrasser le monde de notre peuple, de notre mémoire, de notre culture, de notre histoire et de notre blessure béante ?
Le monde a hurlé son mépris en apprenant que Mahmoud Ahmadinejad aurait exprimé le désir de rayer Israël de la carte. Pourtant, depuis soixante ans, Israël raye la Palestine de la carte, en mots et en actes. A chaque détour du chemin, il y a un mur, une balle, un barrage pour nier notre existence, nous affamer, nous humilier. La mort nous arrive constamment par la voie des airs et des mers, au moyen d’armes sophistiquées. Tous les espoirs, les rêves que nous pourrions entretenir sont étouffés dans des camps de réfugiés indignes d’accueillir des êtres humains, mais que notre peuple subit depuis plus d’un demi-siècle. Dans le monde entier, les voix de nos dirigeants, artistes, écrivains et activistes sont réduites au silence lorsque nous tentons de parler, de protester ou, dans notre agonie, de hurler à l’aide. Pourtant, notre mise à mort ne suscite pas l’indignation ; au contraire, on étouffe le récit de notre douleur, on nous empêche de la faire connaître dans une exposition telle que le Salon du livre ! Pourquoi ? Qu’avons-nous fait pour mériter un tel sort ? Qu’avons-nous fait à la France ou au monde pour que personne ne s’élève contre une telle injustice ? On nous a tout pris, on nous a arraché le cœur pour la simple raison que nous n’étions pas juifs !
Quel a été notre crime pour que nous soyons à ce point exclus, forcés de négocier sans fin avec nos oppresseurs pour obtenir des droits élémentaires accordés au reste de l’humanité ? Pour qu’on nous traite de brutes lorsque nous osons rendre les coups ? Pourquoi personne ne veut-il entendre notre voix ? Quel espoir nous reste-t-il si même les amoureux des livres font comme si nous n’existions pas et n’avions pas, par conséquent, de récits dignes d’être lus ? J’ai toujours l’intention de me rendre à ce Salon. Je suppose que si les gamins palestiniens ont été assez courageux pour se battre avec des pierres contre des soldats armés de fusils et de tanks, je ne devrais pas avoir peur de me trouver confrontée à des hypocrites armés de livres et d’un programme douteux.
Libération (17/03/08)
15 mars 2008
Définition du lecteur idéal
Comme mes neurones sont à plat, je ne réfléchis pas cette fois ci. Je vous laisse découvrir la définition du lecteur idéal selon un inconnu. J'ai trouvé ce texte rédigé sur une feuille insérée au hasard dans un livre chez le bouquiniste. Je n'ai pu m'empêcher de le glisser discrètement dans ma poche à l'abri de son regard méfiant. Un clin d'oeil aux amoureux de la lecture et de la ronde des mots. Malheureusement, je ne fais pas partie de cette catégorie malgré mon amour de la littérature. Etrange non? Qu'en pensez vous?
Le lecteur idéal est idéalement assis. Le lecteur idéal n'éprouve aucun intérêt pour les livres écrits de Michel Houllebecq. Lorsqu'il ferme son livre, le lecteur idéal sent que s'il ne l'avait pas lu, le monde serait plus pauvre. Le lecteur idéal lit toute littérature comme s'il était anonyme. Le lecteur idéal aime recourir au dictionnaire. Lorsqu'il lit un livre datant de plusieurs siècles, le lecteur idéal est polythéiste et polygame. Pour le lecteur idéal, tout livre se lit dans une certaine mesure comme son autobiographie. Le lecteur idéal souhaite à la fois arriver à la fin du livre et savoir que le livre n'aura pas de fn. Le lecteur idéal ne se soucie pas des genres. Il est (ou paraît) plus intelligent que l'écrivain ; le lecteur idéal n'en fait pas reproche à celui-ci.
13 mars 2008
Salon du Livre 2008
L’invité d’honneur est Israël. Plusieurs pays et associations arabes ont décidé de ne pas y participer malgré le maintien de la venue de certains éditeurs, libraires ou écrivains de ces pays. Ce boycott ne résout rien, il ne fait que nous emmurer un peu plus, déplore la romancière libanaise Hyam Yared. Quant au poète Aaron Shabbtaï a décliné l'invitation à s'y rendre. Il estime que le Salon est une occasion de faire de la propagande, dans laquelle Israël va s'exposer comme un Etat qui a une culture, des poètes, et en cachant qu'en ce moment même il est en train d'accomplir de terribles crimes.
Les raisons de ce boycott : L’invitation d’Israël coïncide avec les 60 ans de sa fondation. Il y en a certains qui y voient une forme de célébration politique. Seuls les écrivains israéliens de langue hébraïque sont invités à Paris et non les écrivains de langue arabe. Ce qui pourrait être interprété comme une non reconnaissance des Arabes d’Israël, alors qu’ils sont 20% de la population.
Assimiler la littérature d’un pays à la politique de son gouvernement est un non sens. Le rôle des écrivains n'est pas de représenter leur Etat. Bien au contraire, le Salon du livre doit rester un lieu de découvertes et de débats. C’est la littérature qui est invitée et non le pays. Les éditions La Fabrique qui n’ont jamais tenu de stand et très engagés dans la défense des droits des Palestiniens organiseront des débats.
Etre écrivain en Israël ne facilite guère la situation. Ils tiennent à la distance entre politique et littérature malgré la complexité de leur quotidien. Les auteurs de la gauche israélienne engagée jugent que le boycott renforce la droite extrémiste qui ne cesse de répéter qu’il n’existe pas de partenaire pour la paix. Les pays arabes se tirent une balle dans le pied.
08 février 2008
Ecrivain : un métier
Je ne sais plus où j'ai trouvé cet article intéressant. Veuillez pardonner mon étourderie! Au moins je ne mourrirais pas bête! Je suis tout simplement sidérée de savoir que ce "métier" est référencé par l'ANPE. Cet organisme codifie tous les métiers dans le Répertoire Opérationel des Métiers et des Emplois (Rome). Il y a une fiche pour écrivain. Elle porte le numéro de code 21112. Et contient donc la description officielle du métier d'écrivain. Comme quoi, on n'échappe pas à l'administration!
Définition de l'emploi/métier
Ecrire un texte destiné à la publication, ou à la production de spectacles vivants ou audiovisuels, dans un ou plusieurs genres (roman, scénario, chanson...). Travaille sur un projet de son choix ou répond à une commande, en s'appuyant sur les techniques d'écriture propres à la spécialité choisie. Intègre dans sa création les contraintes éventuelles (forme, structure...) liées au support médiatique et aux souhaits du client diffuseur de l'oeuvre (éditeur, producteur, chanteur...). Peut, à partir d'un texte déjà écrit ou de documents plus ou moins élaborés (scientifiques, techniques, pratiques, biographiques ou littéraires) adapter, rédiger, ou réécrire un ouvrage. Peut aussi, dans certains cas, créer directement (nouvelles, contes...) sur des support informatiques accessibles au public.
Conditions générales d'exercice de l'emploi/métier
L'emploi/métier s'exerce en général à domicile, dans un bureau, ou tout autre lieu convenant le mieux à l'inspiration de l'auteur. La promotion de l'ouvrage peut occasionner des contacts avec divers médias (télévision, radio, presse). La plupart des auteurs sont indépendants. Ils sont rétribués par des droits d'auteur perçus en fonction de l'exploitation de leur oeuvre. Dans certains cas prévus par la loi, les droits sont évalués forfaitairement.
Formation et expérience
Il n'existe pas de conditions strictement définies pour accéder à l'emploi/métier et être reconnu comme auteur-écrivain. La première publication d'un texte et la reconnaissance par les pairs renforcent l'identification et l'appartenance à ce milieu. Si les auteurs sont souvent de formation initiale littéraire, ces métiers restent toutefois accessibles à des professionnels de secteurs totalement différents.
Je rajouterais même que beaucoup d'écrivains préféreraient être plombier ou ouvrier (je me passe des autres métiers), l'oubli, les maisons d'édition indépendante ... et une vie anonyme. Sinon, ils sont sans cesse confrontés au gouffre du monde. Je pense que ce sont eux les meilleurs écrivains qui écrivent la meilleure littérature.
Pour terminer une citation d'Amélie Nothomb qui résume bien le tout : "L’écriture fout la merde à tous les niveaux ; pensez aux arbres qu’il a fallu abattre pour le papier, aux emplacements qu’il a fallu trouver pour stocker les livres, au fric que leur impression a coûté, au fric que ça coûtera aux éventuels lecteurs, à l’ennui que ces malheureux éprouveront à les lire, à la mauvaise conscience des misérables qui les achèteront et n’auront pas le courage de les lire, à la tristesse des gentils imbéciles qui les liront sans les comprendre, enfin et surtout à la fatuité des conversations qui feront suite à leur lecture ou à leur non-lecture. Et j’en passe ! Alors n’allez pas me dire que l’écriture n’est pas nocive".



