30 mai 2009
La mauvaise graine
En chaque enfant se cache une monstruosité malgré la symbolique (pureté, tendresse, douceur, bonté, innocence) accordée à ce dernier. Dans ce film, il est question de désacralisation du mythe de l'enfant angélique. Je pense également aux films Le village des damnés de Wolf Rilla (comme par hasard, les enfants ont les cheveux blonds et une frange au ras des yeux) et Graine de violence de Richard Brooks (une diversité de portraits d'adolescents dépeint comme des êtres associaux et dangereux). Le sujet est abordé en s'appuyant sur des concepts scientifiques. La perversité et le crime se transmettraient-ils par les gênes ? Cette question scientifique liées au déterminisme transgénérationnel est toujours d'actualité. Une belle luminosité, d'excellents contrastes avec des nuances de gris et des dialogues d'une telle finesse me font presque oublier que des graines de violence germent en la fillette au sourire démesuré.
15 mai 2009
Les Sopranos
Dans la lignée du Parrain, et des Affranchis, Les Sopranos est l’une des séries ayant le plus marqué l’histoire de la télévision. J'ai énormément apprécié cette série tv mêlant comédie, polar et drame familial. L'histoire est basée sur le personnage Anthony Soprano, un mafieux professionnel, et sur sa relation avec la psychanalyste. La raison de son angoisse est tout simplement une colonie de canard dans son jardin qui a pris son envol vers de nouveaux horizons. Ce chef d'oeuvre est une grande réussite puisqu'il réside dans les petits riens et la vie de tous les jours. Ce monde, d'une extrême violence composé de fauves et de rapaces, ne supporte la moindre faille. Au cas où quelqu'un la laisse entrevoir, elle est tout de suite éliminée. Tout est organisé en fonction des codes, des habitudes et des façons d’agir. Il ne cesse de nous renvoyer la multiplicité de notre personnalité avec les doutes, les frustrations, les peurs archaïques, les joies et les faiblesses. Si vous aimez le machisme, le clanisme, l'or, le gros bide, les poils et le sexe (une excellente mise en abyme de la superficialité et d'une société de victimisationvictimisation) n'hésitez pas à voir cette série! Avertissement : les personnages sont tellement "vrais" que c'est à la limite du supportable!
06 mai 2009
El nino pez
La réalisatrice de XXY revient avec un deuxième long autour des mêmes thématiques (adolescence, effronterie, difficulté à vivre pleinement une sexualité différente, sensualité, révolte postadolescentepostadolescente contre le monde des adultes, pudeur, malaise) avec un jeu de miroir inquiétant. J'ai, tout de suite, pensé au film pasolinien Théorème dont le thème est la cristallisation des désirs autour d'un personnage central. Allez savoir pourquoi! Deux jeunes femmes, coincées dans des corps mi-enfants mi-adultes, qui voudraient s’aimer, mais que tout sépare... Amour et drame vont inextricablement se lier; Une belle maîtrise de mise en scène accompagnée d'images fortes et émotionnelles ne fait que renforcer la manière d'exprimer les sentiments passionnels et charnel. Le cinéma argentin a désormais trouvé sa réalisatrice et il n'a pas fini de m'étonner... Il ne cesse de créer de nouveaux procédés de narration captivants. J'y adhère totalement et j'éprouve toujours le grand plaisir de plonger dans des histoires de toute nature.
05 mai 2009
Pompoko
Isao Takahata (réalisateur phare des studios Ghibli aux côtés de Miyazaki. Il reste toujours dans l'ombre de ce dernier.) avait déjà marqué l'histoire du film d'animation Le Tombeau des Lucioles. Il est revenu avec Pompoko, un chef d'oeuvre sous forme de conte intelligent (une exception!), émouvant et humaniste. Il traite un de mes sujets de prédilection : l'environnement et la question de survie au sein de la civilisation moderne. Des enjeux fondamentaux. L'émotion est intense. Du rire (faut voir l'omniprésence des gags des tanukis!) aux larmes. Cette merveille visuelle et narrative est d'une telle richesse que chaque nuit j'ai désormais rendez vous avec les tanukis dans la forêt... Qu'est ce qu'un tanuki? Il s'agit d'un petit animal supposé vivre dans la nature et il ressemble de loin à un raton laveur et à un blaireau. Sa particulartié : les couilles. Psst, entre nous ils sont sévèrement burnés... Dans la tradition populaire, ce sont des génies doués de pouvoirs magiques puissants. La récente disparition de leur espèce s'explique par la destruction de leur habitat naturel. Aujourd'hui, la race des tanukis est au bord de l'extinction, la plupart de ces représentants en étant réduits à faire les poubelles dans le milieu urbain, l'autre partie s'étant, selon la légende, tout simplement transformée en êtres humains pour se confondre à eux. Cette fable écologique au ton léger met en avant sans hésiter leurs pouvoirs pour stopper la déforestation perpétrée par les humains sous forme de poésie onirique...
25 avril 2009
Les oubliées de Juarez
Vivement conseillé par Amnesty International, j'ai été poussée à louer le dvd. Une curiosité cinématographique insatiable. S'inspirant de faits réels, ce film est un véritable coup de massue si nous ignorons de ce qui se passe réellement à la frontière Mexicaine-Américaine : depuis quinze ans bientôt, des femmes meurent (plus de 400 ont été assassinées, 500 restent disparues) à Ciudad Juarez (Mexique) pour des raisons inconnues et incongrues. La plupart d'entre elles sont des employées des maquiladoras (usines de groupes internationaux implantées à la frontière exploitant une main d’œuvre pas chère, corvéable et à la merci des hommes). En tant que femme, ce qui me révolte le plus est la concupiscence du gouvernement mexicain, la corruption et l'omerta des Etats Unis face à l'ampleur de cet évènement. D'une mise en scène et d'un montage fluide (à noter les images criant d'un réalisme), il y a toutefois quelques ingrédients holywoodiens. Mais malgré cela, l'objectif est plutôt réussi, celui d'éveiller les consciences. Il y est parvenu et c'est l'essentiel. La citation de Paul Eluard illustre bien le message de ce film Voir, c'est comprendre, juger, déformer, oublier ou s'oublier, être ou disparaître ...
24 avril 2009
Les corps impatients
Les Corps impatients est un film fort à la fois dur, tourmenté, bouleversant et criant de réalisme frôlant le malaise social. Une violente empreinte humaine met en avant la maladie, le cancer de Charlotte âgée de 20 ans, qui pourrait être à la fois pudique et impudique. Paul qui l’aime et Ninon, une amie que Paul désire irrépressiblement. Ne serait ce pas un moyen pour fuir la maladie de sa compagne? Ces trois-là vont partager la maladie, le sexe, l’amour. A la vie et à la mort. La finesse de l'analyse psychologique réside dans les rapports contradictoires du malade à ses proches. Le mélange d’attrait et de rejet, d’amour et de haine, d’impuissance et de révolte, de tendresse et de sadisme, qui fait du drame physique de Charlotte un véritable drame psychologique. Pour tout dire, elle se mue tout simplement en sadomasochisme et en jalouse exacerbée tiraillée entre les pulsions de vie et de mort. Ce comportement extrême la protège et l'aide à survivre. pour marquer finalement une victoire de la vie sur la mort. Je hais donc je vis telle qu'elle le pense sincèrement. Un souci d'authenticité. Mais est ce que les corps impatients savent réellement pardonner, et oublier la cruauté de la vie?
22 avril 2009
La vague
Je me suis prise une claque monumentale en regardant ce film époustouflant. Cette vague vous entraîne et vous enchaîne à un tel point que vous êtes même amenés à perdre vos repères ... Il décortique à travers une étude du comportement les conséquences d'un "phénomène" gravissime : le retour au galop du fascisme ordinaire. La question est "êtes-vous sûr qu'une dictature est impossible ?". Vous connaissez probablement la réponse : oui! Ce qui est intéressant : à l'heure actuelle, dans une société de plus en plus asceptisée où les adultes demandent une omnipésence de l'Etat de plus en plus importante à tous les niveaux de la vie de chacun, le fascisme est alors possible. La déresponsabilisation de chacun fait germer l'endoctrinement. Cet outil est merveilleux pour la politique! Du moment où les citoyens se déresponsabilisent de tout et délèguent tous les pouvoirs à un seul homme (Etat, secte, parti politique, etc.) le fascisme est éminent. Pour le moment, il est en sommeil. Mais le jour où il apparaîtra réellement sous forme d'hydre il sera difficile d'éradiquer ce fléau. Les racines seront tellement ancrées qu'il sera impossible de refaire marche arrière ... Personne ne peut arrêter cette machine infernale qui est en marche ...
L'histoire est : Pendant une semaine d'atelier, un professeur propose à ses élèves une expérience ayant pour but de leur expliquer comment fonctionne un régime totalitaire. Il organise un jeu de rôles où les étudiants appliquent pour de vrai les directives d'un leader à la noix et prolongent l'exercice en dehors des heures de cours. Au bout de quelques jours, ils commencent à exclure et à persécuter ceux qui n'ont pas rallié leur cause. A vous d'imaginer la suite ...
Pour info : c'est l'adaptation d'un roman écrit dans les années 80 par Morton Rhue qui s'inspirait d'une expérience effrayante menée en Californie dans un lycée de Palo Alto il y a cinquante ans par un professeur (Ron Jones) ayant transformé ses élèves en faction fasciste pour prouver à quel point un modèle totalitaire a toujours les bons arguments pour séduire.
15 avril 2009
Famille brésilienne
Cette chronique familiale d'une classe défavorisée brésilienne est réussie. L'adage du film, à portée philosophique, quand l'avenir vous échappe il faut le réinventer résume déjà en gros le sujet du film. Cette radioscopie de la société brésilienne s'avère plutôt intéressante puisqu'elle évoque le malaise de la nouvelle génération en mal de repères et complètement désorientée. Elle ne trouve que refuge et son salut dans le foot et la religion. Comment survivre? Comment sortir du quotidien et vivre dans une mégalopole déshumanisée et gigantesque telle que Sao Paulo? Comment continuer à vivre dans une société capitaliste qui vous laisse au bord de la route? Ces principales questions sont clairement traitées à travers les différents rôles masculins, ceux des garçons (Dario, Dinhon Denis et Reginaldo) de père inconnu élevés par une mère seule (elle n'est pas si ordinaire comme on pourrait le penser) et enceinte du cinquième enfant. Chacun trouvera le moyen de s'en sortir en bifurquant plusieurs fois mais réunis sous des conditions similaires, celles d'aimer toujours autant leur mère et être digne de soi même quoiqu'il arrive ... Walter Salles (pour info : ce réalisateur a également produit Carnet de voyage relatant l'histoire d'Ernesto Guevara et Alberto Granado) a réussi avec délicatesse à me rendre sensible aux personnages attachants et à leur sort.
15 mars 2009
Gran Torino
Clint Eastwood a cloué pour de bon son cercueil en nous laissant un chef d'oeuvre majestueux sincère, véridique et réaliste. Puissant et corrosif. Il a tiré sa révérence d'acteur avec un film profondément humain et bouleversant orientant une réflexion sur la religion, la défiance et la méfiance des minorités ethniques. Les préjugés surannés explosent en pleine figure. Une telle sobriété ne peut que forcer le respect. Cette fois ci, il s'agit d'un film de quartier voire même un récit de voisinage. Ces deux maisons, d’un quartier résidentiel de Detroit, sont habitées, d’une part, par Walt Kowalski interprété par Clint Eastwood, veuf aigri, raciste ("faces de citrons", "rats de marais", "têtes de nems"), grincheux, vétéran de la Guerre de Corée grognant toute la journée contre ses enfants ingrats et les étrangers qui ne cessent d’envahir les environs. D'autre part, par une famille d’asiatiques issus de la communauté Hmong. Tout le film est basé sur le rapprochement entre lui et Thao (le jeune fils). Réfractaire au début, il trouvera finalement plus de points communs avec cette famille qu'avec la sienne en se laissant apprivoiser. A classer dans la catégorie acteur et cinéaste.
08 mars 2009
Noces Rebelles
J’ai retrouvé Sam Mendes, connu par le passé grâce au véritable bijou familial American Beauty, dans Noces Rebelles. L’exploration de la sphère du couple, incarné par Léonardo Di Caprio et Kate Winslet, ne fait que de remettre en cause le conformisme. Il traite un sujet ambitieux et polémique « écouter ses désirs ou s’adapter à la société ». En gros, pour ne pas avoir de problèmes il faut faire comme tout le monde et la moindre originalité peut être mal perçue. Qu’est ce la normalité de la vie? Cet écho est toujours d’actualité. Un message sincère et convainquant dans la mesure où il critique les conventions et les rapports lissés par la vie en société. Tout exprime bien la lassitude transparaissant derrière ces personnages avec leur sourire et la gentillesse. Quand le masque tombe parait toujours une forme de vérité criante. Il faut avoir tout simplement du cran pour s’accrocher et pour vivre ses rêves. Le personnage qui m’a le plus marqué : le mathématicien brisé par la société. Il est le baromètre du couple et casse toute idéalisation. Je ne le juge pas comme un fou. Je pointe mon doigt sur la société qui n’a hélas supporté son originalité et la force de ses propos « hors normes ». J’étouffais tellement que j’espérais retrouver à la fin un échappatoire possible. Mais en fin de compte, c’est une descente vers l’irréparable tant attendu ... Ne vaudrait-il mieux pas être sourd face à certaine situation comme l'évoque bien la fin du film?









