30 avril 2009
Mafalda
Puisque nos enfants se préparent tous à devenir, par notre faute, de petits Mafalda en puissance, il serait prudent de traiter la vraie Mafalda avec le respect que l’on doit à un personnage réel. Umberto Eco
Lors de l'Escale du Livre (clin d'oeil à Icar, Fabrice, Vincent et Patricia), j'ai retrouvé l'attachante Mafalda. Cette petite fille de six ans dont une place porte le nom, figure parmi les dix Argentines les plus influentes du XXe siècle. J'ai sans hésité acheté le magnifique intégrale pour replonger dans ses histoires à portée philosophique avec une touche de cynisme. C'est ma "bible", composée d'un assemblage de 12 volumes, sur ma table de nuit. Aussi loin que mes souvenirs puissent remonter, je me rappelle avoir étudié quelques extraits en espagnol de la seconde à la terminale. Ce qui me plaisait chez elle : sa candeur, son intelligence, sa curiosité, son anticonformisme, son inquiétude et sa manière de regarder l'univers adultes avec ses yeux. L'humour en toute liberté. Comme dit Joaquín Salvador Lavado, alias Quino, je ne crois pas que l’humour puisse changer quoi que ce soit, mais c’est parfois le grain de sable qui peut faire évoluer les choses. Sa particularité est de traquer sans hésiter les défauts de notre société sous forme d'humour afin de rendre plus supportable l'injustice et les aberrations. Il a besoin de dessins et de dialogues pour nous faire rire. Chaplin n’a pas besoin de mots pour faire rire, Jacques Tati non plus. Mais Woody Allen a besoin des mots pour être drôle. Ce qui fait la différence est la manière d'utiliser l'humour. Rien n'est obsolète.
29 avril 2009
Mon gras et moi
Le 22 avril, j'étais allée à la FNAC pour rencontrer l'adorable Gally. Elle m'a demandé mon péché. Je lui ai répond tout simplement le chocolat (surtout la mousse au chocolat "maison" avec de la cannelle et du gingembre!!). Comme dédicace j'ai eu droit à son héroïne tenant une gigantesque tablette de chocolat. Ses dents sont sur le point de la croquer entièrement. Toute contente, je lui adresse mes remerciements chaleureux. Son courage d'accepter les rondeurs, l'embonpoint et lutter contre les diktats de la beauté formatée méritent sincèrement des applaudissements. Je ne peux m'empêcher de penser surtout à Orlan s’étant engagée dans ce qui fait plus que son style : son langage intérieur à travers toutes les opérations chirurgicales. Son physique s'est inscrit dans la différence. A sa manière elle lutte le plus contre les canons actuels de la beauté afin de s’éloigner de tous les formatages physiques (modèles imposés désignés) et d’être soi-même. En lisant cette bd, autrefois présentée sur son blog, il y a vraiment de quoi rester sur sa faim! Ce nouveau régime est à consommer sans modération et à volonté! Drôle, tonique, revigorant, poignant, tolérant, vivant et réaliste. Sous une apparence rose dégoulinante, elle s'attaque délibérement à la tyrannie de la minceur et à l'escroquerie des régimes. Alors mesdames rassurées?
28 avril 2009
Pinocchio
Petite, j'adorais Pinocchio. A 27 ans, j'ai eu le malheur de lire la magistrale bd, nommé pour les Essentiels d'Angoulême 2009, de Winshluss. Vous le connaissez tous. A mon avis pas comme ça ... Un classique de notre enfance qui est complètement détourné. Et ce n'est pas que Pinocchio, mais aussi de nombreuses autres oeuvres (Blanche Neige, Moby Dick...)! Il s'agit d''un petit robot hybride conçu pour faire la guerre, habité par un cafard Jiminy. Il sera confronté plus ou moins malgré lui à la frustration, la misère, la violence, la pollution, la haine, la manipulation… Bref, tout ce qui de notre monde. En fin de compte rien n'est beau ... A savoir : Tous les éléments du conte pour enfants sont réunis et déformés. Ce qui est remarquable est la quasi absence de dialogues et d’éléments de narration représentés sous forme d'images. Un style diversifié (crayonné, couleur, peinture, sépia) et rétro (graphisme des années 40-50) au niveau des couleurs et des traits. On saute sans arrêt d'un registre à un autre, d'un personnage à un autre, d'un genre littéraire et d'une époque à une autre. Tout se télescope. De ce fait, il y a une bonne mise en valeur de l'ambiance de l'histoire. Ces ingrédients suffisent largement pour dépeindre ce conte torturé.
Pour finir en beauté Mr Ferraille O boy! What nice legs!
27 avril 2009
Kiki de Montparnasse
La photo emblématique Le violon d'Ingres (1924), représentation du dos de l'égérie de Man Ray en forme de violon, est fortement ancrée dans la mémoire collective. La couverture de cette bd incite bien le lecteur à vouloir connaître son histoire avec ses ombres et ses lumières. Et pourtant, elle a le dos tourné. Une histoire bourrée d'annecdotes et représentée sous forme d'un généreux diaporama. Il relate sans hésiter sa vie trépidante et "hors norme". L'usage d'un graphisme trés expressif captive et ouvre la porte à toute surprise et émerveillement. Tout est magnifiquement évoqué ( le microcosme de Montparnasse, les années folles, l'effervesence artistique (Picasso, Man Ray, Desnos, Modigliani, etc.) ...) pour relater sans crainte la grandeur et la décadence d'une star. Une lecture fluide qui semblerait montrer que les auteurs maitrisent l'histoire de l'art sur le bout des doigts.
Un grand merci à Vincent de l'avoir soigneusement conseillée à mon compagnon. Une fois en main, je me suis jettée aussitôt la dessus et le voyage dans le passé s'est merveilleusement bien passé ... Je vous invite également à visionner cette vidéo Le violoncelle Vous noterez que la chorégraphie est remarquable. Ca ne vous rapelle rien?
14 avril 2009
Le goût du chlore
Tu t’es déjà posé la question : pour quelles choses es-tu prête à mourir et que tu ne lâcheras jamais ?
Toute la bande dessinée de Bastien Vivès tourne autour d'une rencontre sensible entre un jeune type avec des problèmes de dos et une nageuse plus expérimentée que lui. Un scénario banal et pas très exaltant. Par contre, ce qui m'a laissé perplexe est la force des images qui se dégagent tout au lond du scénario. En apparence de la légerté mais lourd de sens en réalité. Un graphisme délicat : des traits épurés, des tonalités de bleus et de verts, des cases "déformées" retranscrivent parfaitement l'atmosphère de la piscine. Le tout m'anesthésie complètement. J'immerge totalement pour en sortir trempée et étouffée par le manque d'air. J'aurais du prévoir au début un tuba pour prolonger la respiration. Une fois que je suis dedans je n'ai plus envie de sortir de ce huis clos aquatique ...
11 avril 2009
Dans mes yeux
Depuis le moment où tu es venu me chercher devant la fac, j'avais envie de t'embrasser. On parlait, on parlait, mais tu ne m'embrassais pas...
Encore une excellente bande dessinée à avoir dans sa bibliothèque. Cette fois ci Bastien Vivès a utilisé le crayon couleur pour traiter un sujet de prédilection, celui de l'amour avec une vision subjective. Au début, je croyais que ça allait être casse gueule. Eh bien non. Croyez moi je suis tombée dans le panneau. La gamme de couleurs est une véritable palette d'émotions brutes et vibrantes. De nombreux petits tableaux vivants, relatant le quotidien, ponctuent chaque page avec finesse et tendresse. L'histoire se déroule à travers le regard du garçon, qui a rencontré une jolie fille à la bibliothèque universitaire. Elle le regarde également et par la suite ils font connaissance. Progressivement ils se mettent ensemble. Presque pas de dialogues. Tout passe par le regard masculin. A travers ses yeux, j'ai énormément ressenti ses sentiments, l'affection et tout l'amour qui lui porte et lui inspire. En l'espace d'un instant, j'étais littéralement transportée dans un monde où l'amour est roi et sincère ...
01 avril 2009
Icar
En avril, vous pouvez retrouver Icar dans plusieurs villes. Cette fois ci, il effectuera un véritable marathon et ne jouera pas à cache cache avec les fans de bd! Amenez donc votre bd Terres Lointaines! Je suggère de m'envoyer les photos d'Icar présent aux différents festivals de BD. Je les regrouperais ensuite et je les intègrerais sur mon blog sous forme de mosaique (va falloir que je réfléchisse à ce procédé!) en mentionnant, bien sûr, les noms des personnes qui me les ont gentiment filées. Qu'en pensez vous?
Rendez vous le
Mercredi 15 avril de 16h à 19h à Lille // BD Fugue Café 5 rue Royale 59 000 Lille
Jeudi 16 avril de 15h à 19h à Paris // Boulevard des Bulles 50 Bd St Germain 75 005 Paris
Vendredi 24 avril de 15h à 19h à Annecy // BD Fugue Centre commercial Bonlieu 1 rue Jean Jaurès 74 000 Annecy
Samedi 25 avril de 15h à 19h à Vienne // Bulles de Vienne 11 rue du Collège 38 200 Vienne
18 mars 2009
ICAR//LEO (Terres Lointaines Tome 1)
Avis aux fans des bd : voulez vous savoir ce qu'ils sont devenus? Cliquez sur Dargaud pour voir les photos des dédicaces.
14 mars 2009
Animal'z
Un album apocalyptique d’Enki Bilal est enfin sorti. Il n'est plus question de communisme mais d'écologie, plus particulièrement la possession de l'eau et les conflits engendrés. Tout dérive vers un avenir improbable mais qui n’est pas forcément néfaste … Mais avec un but commun : la survie. Immaginez la planète qui pique une crise de colère en donnant "un coup de sang". Est ce une prophétie? Est ce une fin déroutante?
Je retrouve encore une fois les cadrages cinématographiques avec des personnages dans des décors vides et froids, le gris-bleu mettant considérablement en valeur les hommes et les femmes (de sacrées machines humaines !), en toile de fond l’hybridation (un de ses thèmes de prédilection). Son crayon noir et pastel rehaussé d’un peu de blanc et de rouge vif marque un retour à une technique primitive et nerveuse, celle des pulsions. Un style épuré qui donne de la légerté aux personnages et à l'ambiance malgré la noirceur du thème. Cette spontanéité est en parfaite adéquation avec l’univers maritime de cette bd. Brumeux et grisâtre. Quelques hypothèses sur l’évolution de l’espèce humaine sont insérées avec de nombreuses citations philosophiques et littéraires. Il a réussi à transformer la science fiction en poésie en écrivant plus qu'en dessinant.
11 mars 2009
Jolies Ténèbres
"Alice au pays des merveilles version David Lynch"
Comme j'ai apprécié Miss Pas Touche dessiné par Kersacoët (nom d'artiste d'un couple de dessinateurs déjà trés remarqués) je voulais aller beaucoup plus loin en cherchant d'autres bd du même dessinateur. Je suis tombée sur celle là. Déjà, la couverture m'a beaucoup plu : un mélange de poésie et de mystère planent ... Ce dont je ne savais pas, c'est qu'au bout de 20 minutres aprés avoir refermé la bd pour me conscacrer à autre chose j'en serais encore ébranlée. Ces images continuent à résonner en moi aussi fort ... Me voilà donc servie au niveau des émotions.
Que des points positifs! Le dessin est magnifique et évoque un trés beau livre pour enfant. La communauté, la douceur, les rêves enfantins, l'insouciance, la timidité, les petites filles, les petits garçons, etc. sont explorés. Bref, tout ce qui compose un univers onirique. Et pourtant, il est fortement déconseillé qu'il le lise. Ce ne sont que des illusions. Dessiner le cadavre d'une jeune petite fille fallait oser! Tous les petits personnages sortant de cette dernière (par la bouche, par les yeux, etc.) représentent les différentes facettes de l'enfant avec leurs qualités et leurs défauts. Il affiche la dureté, la réalité et la cruauté des personnages enfantins dans un univers naturel où les dangers rôdent un peu partout.Tout vire au cauchemar sans prévenir. Un véritable jeu de massacre apparaît. C'est effrayant. C'est un rappel sur les comportements (égoïsme, orgueil, méchanceté, régression, peur, manque d'assurance, inconscience, indifférence) de chacun d'entre nous et ses conséquences irrémédiables. Des cases par ci et par là rapellent de temps en temps la chute vers la folie en montrant réellement l'horreur et l'absurdité. Ce qui est parfaitement réussi : le graphime est un style simplifié (une allusion au mode enfantin) avec de jolies couleurs qui est en contraste avec les horreurs. La narration est bien ficelée et se déroule avec une fausse insouciance enfantine en étant en même temps dense. En fin de compte, ce cruel album détonne malgré la tendresse et le pathétique.








